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Par Aymeric Engelhard

 

Chaque année, le constat est le même. Le roi de l’animation s’appelle Pixar. Quoi de plus naturel alors que de donner une fin à la franchise qui l’a emmenée au septième ciel ? Sans être le meilleur de la saga, ce troisième épisode balade nos émotions avec une adresse déconcertante. Du grand art.

Quand naquit « Toy Story » en 1995 des entrailles d’une petite entreprise autrefois sous le joug de « Star Wars » et mélangeant sobrement les termes « pixel » et « art », personne n’imaginait alors les capacités du cinéma intégralement numérique. Ce premier long-métrage est au numérique ce que « Blanche-Neige » est au dessin, c’est-à-dire le précurseur d’une longue lignée extrêmement rentable. Quinze ans plus tard, Pixar s’est mué en empire, c’est littéralement LA référence en matière d’animation, les oscars s’enchaînent et chaque œuvre se voie couronnée du statut de culte. A la différence du concurrent Dreamworks qui sort plusieurs films chaque année clairement moins élaborés (notamment au niveau scénario). En témoigne le dernier épisode de « Shrek » sorti fin juin et particulièrement moyen. Pour 2010, la talentueuse armée de génies de Pixar a décidé d’offrir un troisième épisode à son premier chef d’œuvre. Il s’est passé dix ans depuis que l’on a quitté la bande de jouets attachants de la chambre d’Andy et quel plaisir de les retrouver !

Sauf que Woody, Buzz et leurs camarades se voient ici confrontés à un problème évoqué précédemment. Andy entre à l’université, il a 17 ans et quoi que les jouets puissent faire le gaillard a passé l’âge de s’amuser avec eux. Ils sont alors débarqués dans une garderie où ils devront faire face à des enfants trop jeunes pour prendre soin d’eux (c’est peu de le dire…) ainsi qu’à une bande de jouets concurrents menés par un gros nounours en apparence tout gentil. Mais Woody le cow-boy reste persuadé qu’Andy a toujours besoin de lui. Le scénario du film n’a rien de franchement extraordinaire à première vue. Comme d’habitude Woody connait un destin sensiblement différent des autres en raison de sa tête de mule mais finit toujours par déchanter et les rejoindre. Le grand méchant de l’histoire n’est pas non plus sans rappeler celui du deuxième épisode. Aussi il faut un certain temps à l’histoire pour commencer véritablement et sortir d’une grosse période de palabre pas forcément adroite. Mais ce serait fou de s’arrêter là-dessus alors que se muent devant nous des personnages qui nous avaient manqué pendant dix longues années. Si l’on ne retrouve pas tout le monde, le plaisir de revoir les jouets les plus célèbres du Septième Art s’avère intact. Et qui plus est, lors d’une scène déchirante, on se prend à imaginer le pire pour eux, ils frôlent la mort (ou plutôt la destruction) et les jouets dépassent leur condition pour offrir des émotions hors du commun. On se retrouve dans la même situation qu’au début de « Là-haut » ou la fin de « Wall.E », tout penaud, perdu, étonné d’avoir les larmes aux yeux. Cette scène sera accompagnée par celle qui clôt le métrage, d’une infinie tendresse, prolongeant le bonheur jusqu’au firmament.

« Toy Story 3 » réussit là où beaucoup de suites s’écrasent. Car Pixar ne l’a pas réalisé en tant que suite à proprement parlée mais bien comme un film unique qui se place derrière ses glorieux aînés. La recette fonctionne à plein régime. Côté humour, nous ne sommes pas en reste. Entre Ken (nouveau personnage hilarant de dérision) et les pitreries d’un Buzz déréglé qui devient espagnol, la force comique de l’œuvre surprend à tel point qu’elle est surement inégalée dans la filmographie de la firme. Ce troisième épisode amène son lot de nouveautés en matière de situations et de personnages pour notre plus grand plaisir. Il est alors regrettable (mais pas proprement désagréable si ce n’est pour le portefeuille) de constater la terrible inutilité de la 3D. Depuis l’avènement de cette « révolution », on n’a pu qu’en admirer les limites. Et cela s’applique à quasiment toutes les productions estampillées bêtement du procédé. Il n’empêche que « Toy Story 3 » bénéficie d’un rendu graphique sublime dans la lignée directe de ce qui se fait de mieux actuellement.

En bref, le Pixar 2010 se révèle légèrement en dessous de certains coups de maître signés de la firme à la lampe. Il demeure tout du moins une œuvre ultra divertissante, à la fois très drôle et incroyablement émouvante qui s’adresse aux petits comme aux grands. La classe !