truphemus-art-paris
Par Alain Vollerin

 

La galerie Claude Bernard qui défend l’œuvre de Jacques Truphémus depuis plus de vingt ans, édite un catalogue de ses œuvres récentes. Le geste éditorial est suffisamment intéressant pour que nous insistions sur sa qualité.

                                      

Couverture Integra, gardes papier Canson doublées pour traduire les larges baies et leurs rideaux qui tamisent la lumière de cet atelier unique qui fut aussi celui d’Etienne Morillon, membre du groupe Ziniars qui permit l’entrée de la Modernité dans l’Ecole de Lyon. Je n’ai pas toujours apprécié la manière de Truphémus pendant ces deux dernières décennies. Mais là, je l’avoue, je suis épaté, vraiment rasséréné sur son évolution, à nouveau conquis. Blasphème épouvantable. Comment ai-je pu douter du talent du maître, au risque de remettre en question nos amicales relations ? Non ! Je ne regrette rien. Tiens, j’ai encore osé ! On peut être sincère, en écriture comme en peinture, et ne pas totalement réussir ce qu’on entreprend. La forme peut refuser de suivre la pensée. La maladresse. Trop de hardiesse. Dominer ? Peut-on se dominer toujours ? Sans faille. Surtout, quand le désir de dire est là, virulent, oppressant. La sagesse, n’est pas bonne compagne pour un natif du signe du scorpion. Félicitons Jean-Jacques Lerrant pour la rigueur qui fut la sienne lors de la rédaction de son texte, et Michel Djaoui pour la vérité de ses portraits, et des plans de cet atelier vivant de la passion de Jacques Truphémus.

 

Aimée, la compagne de Truphémus qui apparaissait de temps en temps dans son œuvre depuis son origine, est devenue le vrai sujet de sa peinture. Truphémus quête son absence. Le fauteuil vide. Les rideaux autour d’elle. Truphémus souffre, mais il avance encore, et pour affronter la vie qui impose son chemin, il retire encore de la matière à sa palette, lui qui en avait déjà tellement ôté, aux beaux jours de ses certitudes passées. Jacques Truphémus a-t-il eu des certitudes ? Oui ! Je le pense. Ne serait-ce que pour les renier un jour, pour les réfuter, pour donner au dessin, et à quelques couleurs acceptées, le droit de traduire ses doutes. Désormais, Truphémus est plus proche dans son art de celui de Claude Monet que de celui de Pierre Bonnard qui accompagnait ses débuts à la sortie de l’école des beaux-arts de Lyon, à l’époque de la première exposition du groupe Sanzistes. Comme Zoran Music, autre esprit hanté et défendu par la Galerie Claude Bernard, Truphémus nous dit le long face à face avec la Mort. Lorsqu’il n’est plus possible de faire machine arrière, lorsqu’on sait que certains rires, certaines joies sont à jamais lointains, inéluctablement inaccessibles. Il est bien loin le temps des gentilles natures-mortes, des fougueux paysages du Nord, des joyeuses plages méditerranéennes, même l’atmosphère du café est réduite au minimum. Face au Néant, l’informé tellement souhaité pour dire le plus loin de nos limites, offre à l’évocation des souvenirs le meilleur de ses territoires. Le trait reprend ses droits. L’émotion retrouve la route de l’esprit du spectateur. La communion est à nouveau possible avec tous, avec toutes.

 

Art Paris – Grand Palais

18 au 22 mars 2010

Stand Galerie Claude Bernard