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Par Aymeric Engelhard

 

Etonnante stratégie des studios que de sortir un film aussi poussé psychologiquement pour Noël. En effet ici, l’excellent casting n’est là que pour appuyer des propos passionnants mais ultra complexes. La naissance de la psychanalyse par un maître de la violence morale, ça demande de l’ouverture intellectuelle. Si c’est le cas alors le plaisir est total.

 

Au sein des cinéastes étranges mais passionnants, David Cronenberg fait figure de maître incontesté. Véritable génie disposant ses thèmes de prédilections tels que le rapport entre l’homme et la machine, la mutation, la médecine ainsi que les dérivations de l’esprit dans un monde empli de violences tant physiques que morales. Réalisateur d’œuvres sidérantes où derrière l’étalage de scènes malsaines et cauchemardesques se cache un travail psychanalytique de haute volée. Avec des films comme « Scanners », « Crash » ou bien sûr « La Mouche », il a marqué d’une empreinte rouge le 7ème Art. Son dernier rejeton suit une nouvelle lignée plus « grand public » et classieuse visuellement. Ici, il s’intéresse particulièrement à la psychologie et de la psychanalyse. Et qui plus est de la naissance de cette dernière en narrant les échanges entre Freud et Jung. Carl Jung accueille une patiente (Keira Knightley qui en fait un peu trop) pour qui l’humiliation est devenue un plaisir quasi orgasmique. Il va en référer à Freud, le maître de la psychanalyse, qui voit le sexe comme lié à tout. Ce que Jung tentera de réfuter. Mais plus l’analyse avance, plus le médecin se voit attiré par sa patiente. Si bien que ce qui devait arriver arriva. L’Autriche bourgeoise à souhait devient le théâtre de la tromperie et d’un combat. Expérimentant la méthode d’Otto Gross (excellent Vincent Cassel) qui consiste à coucher avec ses patientes, Jung va sombrer peu à peu dans la perdition spirituelle.

 

A scénario complexe, dialogues complexes. En effet, si les choses évoluent clairement dans le déroulé du film c’est bien dans les dialogues qu’il faut trouver la richesse de l’œuvre. « A Dangerous Method » s’apparente à un grand débat où chacun défend ses positions quant au rapport entre la condition humaine, la sexualité et même la mort. En cela, le film est passionnant. Et le fond rattrape la forme. Trop pure, trop classieuse, la mise en scène créé un contraste avec le sujet. Ce n’est pas gênant en soi, cela donne même l’occasion de s’extasier devant certains plans dignes de peintures. Du coup, on a parfois l’impression d’assister à un débat entre intellectuels trop propres sur eux si bien que lorsque leur confort se voit détruit la claque n’en est que plus forte. En fait, Cronenberg dévoile les contours d’une société qui va prendre de plein fouet le pouvoir de la psychanalyse. Pour cela il s’entoure d’un duo phénoménal avec Michael Fassbender (Jung) et Viggo Mortensen (Freud), deux des plus grands acteurs actuels. Ils aident en grande partie le metteur en scène à rendre les dialogues passionnants. C’est un film complexe, qui fait réfléchir mais qui demande aussi une grande concentration. Cronenberg prouve à ceux qui ne l’avaient pas encore compris avec ses grands classiques qu’il maîtrise les ressorts de l’esprit. Sa faculté à traiter de ce sujet depuis ses débuts toujours accompagné du sexe en fait en quelque sorte le Freud du cinéma. En tout cas « A Dangerous Method » lui était totalement destiné.