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Par  Justine Doz

                   

Un nouvel ovni de la planète cinéma est arrivé, muni de son attaché-case, ce mercredi 18 juin en salle. En rendant érotique le milieu bureaucratique, « La personne aux deux personnes » nous plonge dans un revival années 80, minitel inclus, avec un prime un duo de choc Chabat-Auteuil.

 

La radio FM secouée par Nostalgie, Gilles Gabriel (campé par Alain Chabat) croit que la gloire revient pour lui, alors que sa carrière s’est éteinte en même temps que les autres Patrick (Hernandez, Juvet, qui dit mieux ?). Mais sa vie prend un autre tournant et c’est en écrasant le chétif piéton Jean-Christian Ranu (Daniel Auteuil), que sa pauvre tête s’écrase contre le pare-brise. Jean-Christian, certes sonné, s’en sort indemne et ne comprend pas complètement la situation : quelqu’un qu’il ne voit pas lui parle directement dans sa tête ; sûrement un problème d’ORL. Notre comptable s’en va donc au QG de sa société, la COGIP, et tente d’oublier cette mésaventure. Mais une voix est bel et bien là, et il comprend vite qu’il s’agit de Gilles, qui, par un phénomène un peu métaphysique, s’est retrouvé dans son esprit, lui parle et commence à l’ennuyer sec.

On découvre alors un Auteuil complètement has been et cloîtré dans son univers rétro, et un Chabat qui s’en donne à cœur joie dans un rôle très particulier, un rôle où l’on ne le voit pas. Il nous a même avoué que le tournage lui avait permis de « dormir plus », ce qui n’est pas négligeable tout de même.

Pour les réalisateurs, Nicolas & Bruno, des inséparables qui magouillaient au lycée à coup d’échange de VHS, le milieu de l’entreprise a ce petit côté kitsh et absurde, « un milieu de codes et de pressions, où il se passe beaucoup de choses ». Depuis le début de leur collaboration, notamment avec Canal +, ils s’amusent ainsi avec des films institutionnels dépassés, en doublant les voix de ces comptables ou directeurs administratifs, et c’est dans ce registre qu’il sont tout naturellement restés pour ce premier long-métrage. Ils jonglent, quelquefois dangereusement, entre le 1° et le 2° degrés, mais sans cruauté, ni nostalgie et nous amènent à diverses réflexions, notamment sur les similitudes entre la décennie 80 et la notre.  Par ailleurs, c’est une question plus large sur la différence et son acceptation qui est évoquée dans ce film. Pourquoi n’y aurait-il pas une forme de « schizophrénie positive » en chacun de nous, un brin de folie que nous devrions accepter ? On peut alors voir dans cette comédie une société qui se cherche, tiraillée entre plusieurs états, souvent absurde et parfois triste. Mais on regrette tout de même que l’humour soit un peu lourd quelquefois, nous amenant petit à petit vers une fiction beaucoup moins crédible. Nicolas & Bruno expliquent que c’est « pour pousser le vice ». Ah ? Je prendrais sans vice alors s’il vous plaît.